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    Films : Les Indestructibles
    par O. Rousselin le 7 décembre 2004
    Sixième long métrage d'animation des studios PIXAR (après TOY STORY 1 et 2, 1001 PATTES, MONSTRES & Cie, et LE MONDE DE NEMO), LES INDESTRUCTIBLES débarque enfin sur nos écrans après une (très) longue attente et vient apporter sa pierre à l'édifice imposant que le cinéma édifie actuellement aux super-héros.
    Il était temps ! Alors que les effets spéciaux arrivent enfin (cf. SPIDERMAN 2) à retranscrire de façon saisissante les délires les plus fous issus de l'imagination conjuguée des scénaristes et illustrateurs des comics, quel allait être l'apport de PIXAR, réputé pour la qualité de ses scénarios et les prouesses techniques de ses animateurs au mythe qui nous tient tant à coeur ?
    La réponse est simple : menée par Brad BIRD (l'auteur du méconnu et formidable GEANT DE FER), la « Team » PIXAR nous offre un nouveau bijou d'humour et d'intelligence, mais aussi et surtout un extraordinaire film d'action, mené tambour battant et véritable hommage au genre. Petite visite ci-dessous.

    UN CLASSICISME EPROUVE

    A l'instar d'autres films d'animation contemporains, INDESTRUCTIBLES enchaîne les références et les clins d'oeil multiples tout au long de son scénario. Pour tout fan de Super-Héros, le film est de ce point de vue un vrai feu d'artifices.

    We're a (super) family
    Ainsi, la famille au grand complet évoque plusieurs super-héros (principalement les 4 fantastiques). On retrouve donc tous les pouvoirs de Jane Richards sous l'apparence de la frêle Violette (l'ado complexée de la famille). Helen Parr (Elastigirl), la mère, possède à la fois les pouvoirs de Red Richards et de Plastic Man (DC comics). Flèche, le garçon dispose de la rapidité d'un Flash et possède le caractère exubérant et rebelle de Johnny Storm (FF). M. Indestructible, quant à lui, tient le rôle du Superman de cet univers (le vol et les rayons X en moins) tant pour sa super force que pour l'aura de prestige dont il jouit auprès de la population. Il y a quantité d'autres éléments encore, que je préfère ne pas énumérer, pour vous laisser le plaisir de les découvrir par vous-même (ouvrez bien grand vos yeux et vos oreilles !) et qui font leur apparition de ci de là, tout au long du film et ce, jusqu'au générique de fin inclus.

    sweet sixties
    Les références sont aussi présentes pour décrire/mettre en scène un univers qui évoque irrésistiblement l'âge d'argent des Super-Héros (les années 50 à 70) tant au niveau des costumes que des véhicules ou encore du design (costumes, uniformes, meubles, télés, etc.). Pour renforcer cette atmosphère "vieillotte", des images d'archives usées, en noir et blanc ou bien en couleur (avec ce grain qui caractéristique des postes TV des années 70) émaillent le film tout en nous renseignant sur l'histoire passée. Mais surtout, la base des méchants évoque furieusement celles, hautement kitsch et futuristes, des ennemis mégalomanes de James Bond. Ce côté « jamesbondesque » est également présent dans la musique qui nous rappelle les meilleurs films de l'agent OO7. Bref, c'est tout un univers décalé (que les auteurs qualifient très justement de rétro-futuriste) par rapport au notre qui s'anime sous nos yeux.

    It's so hard to be (NOT) a Hero
    L'histoire, quant à elle, brasse de multiples influences qui, par contre, évoquent plutôt les comics récents. Qu'on en juge par le résumé (officiel) ci-dessous :

    "Autrefois", les super-héros, opérant au grand jour, affrontaient le mal sous la forme de super-vilains retors, de malfrats divers (braqueurs de banque, voleurs à la tire) et autres catastrophes (immeuble qui brûle, etc.) avec entrain, se connaissant tous plus ou moins, se liant d'amitié, voire plus si affinités, tel M. Indestructible épousant Elastigirl (ou l'inverse).
    Jusqu'à ce qu'une série de lois ineptes et un revirement de l'opinion publique oblige les super-héros à raccrocher définitivement leurs costumes
    (ici, on pense à WATCHMEN et ses super-héros mis à l'index, mais aussi à d'autres séries qu'elle a inspirée, comme par exemple KINGDOM COME).
    Contraint de mener une vie banale, M. Indestructible, Bob PARR dans le civil, accepte mal sa situation (cf. la BD POWERS) et déprime, rêvant de sa gloire passée, tandis que sa petite famille essaie tant bien que mal de paraître « normale ».
    Or, un message mystérieux lui propose de renouer avec son ancienne vie : de redevenir un héros. Il saute donc sur l'occasion, inconscient du piège mortel qui se referme sur lui...

    Voilà pour le résumé officiel. Je ne vous raconterai pas la suite, afin de ne pas vous gâcher les (très) nombreuses surprises qui émaillent le film.
    Sachez seulement qu'après une première partie qui nous présente l'univers, le film glisse crescendo dans sa deuxième partie vers un déluge ébouriffant d'action et de suspense, qui laisse pantois. A ce sujet, le film est à déconseiller aux plus petits qui risquent d'être trop impressionnés par certaines scènes (authentique ! Dans la salle où j'ai vu le film, un tout petit s'est mis à hurler de terreur lors d'une des scènes avec le super vilain, Syndrome).

    DERRIERE LEQUEL POINTE UN DISCOURS D'UNE REMARQUABLE PERTINENCE

    Premier ressort du film donc, l'opposition faite entre le look rétro des personnages et de l'univers d'une part, et le ton résolument moderne de l'histoire d'autre part (notamment dans la description réaliste de la vie quotidienne et de toutes les médiocrités qu'elle comporte), permet à l'auteur d'adresser un véritable cri d'amour aux super-héros « de l'ancienne école » : ceux qui se refusent à prendre une vie, fut-elle celle d'un odieux malfrat. Ceux qui sont prêts à se sacrifier pour sauver des innocents. Ceux qui portent des costumes super colorés et très voyants. Ceux enfin, qui toujours, s'efforcent de faire le bon choix (et y arrivent). Bref, des héros à mille lieux de ceux ambiguës et brutaux qui pullulent dans les comics actuels depuis les WATCHMEN jusqu'à THE AUTHORITY, récemment.

    Certes, le film étant estampillé DISNEY, il est impossible qu'il ait pu verser dans le délire sanglant et volontiers noir de nombreux comics (Punisher, Ghost Rider, Spawn, etc.). Pourtant, la violence est là, bien présente : la mort est présente (mais on ne la voit pas), les méchants sont pulvérisés tandis que leurs véhicules explosent dans des gerbes de flammes, les dangers sont mortels (scies circulaires géantes, coulées de lave, mitrailleuses, etc.), et la vie de nos héros (y compris celle des enfants Violette et Flèche) est maintes fois menacée, mais tout cela se déroule à la manière d'un STAR WARS : sans effusion de sang à l'écran (ouf !). Loin d'être déplacée, cette violence participe à la tension et à l'atmosphère de danger qui électrifient les scènes d'action. De ce point de vue, LES INDESTRUCTIBLES s'adresse d'avantage à un public adolescent-adulte qu'à des bambins (parents, vous êtes prévenus !).

    Néanmoins, l'ombre des héros « classiques » (BATMAN, SUPERMAN et consorts) plane tout au long du film, et le spectateur ressent confusément ces références comme étant la ligne directrice des auteurs. Ainsi que le dit l'un des personnages (qui ? Je ne vous le dirai pas !) : "Respecter la vie n'est pas une faiblesse. La mépriser n'est pas une force". Cette morale "old school", qui faisait la force des SPIDERMAN, SILVER SURFER, mais aussi des DC comics est ici défendue, non par conformisme "parce que c'est un Disney", mais avec conviction et passion.

    Car, deuxième ressort du film : l'opposition (encore) entre la vie des super-héros et le quotidien terne des "gens normaux", permet ici aux scénaristes de brasser de multiples thèmes des comics, qu'ils soient « classiques » ou plus originaux : la double identité des personnages ("to be or not to be a hero") ; l'âge et le temps qui passe ; la difficulté à gérer le quotidien, à avoir de saines relations avec les siens ; les notions de normalité et de différence ; l'héroïsme ; la célébrité du super-héros et l'idolâtrie qu'elle peut engendrer ; le super-héros face à la Loi ; etc.

    A leur façon, en abordant tous ces thèmes (et d'autres encore), Brad BIRD et son équipe se rapprochent du travail d'un Kurt BUSIECK sur ASTRO CITY, amenant une profondeur inattendue à l'histoire. Plus surprenant encore, cette opposition entre "extraordinaire" et "ordinaire" permet aux auteurs de dénoncer de façon virulente (voir les scènes dans le cabinet d'assurances) les turpitudes du quotidien et la façon dont elles érodent le moral de l'individu.

    Ainsi, privé de son identité de super-héros, regrettant le bon vieux temps, Bob PARR néglige sa famille, sa femme. Son nouveau métier est devenu pour lui un carcan étouffant. La société, une prison. Il s'ennuie, perd en estime de soi et subit les méfaits de l'âge (embonpoint, etc.). Bref, il s'étiole... Jusqu'à ce qu'il remette le masque et revienne ainsi à la vie. Parallèlement, ses enfants et sa femme, tous mal dans leur peau et insatisfaits de leur vie "normale", gagnent en aplomb et en assurance, en vitalité dès lors qu'ils affrontent le danger avec masque et costume. Touchants dans leur fragilité, émouvants même, étonnement proches de nous, les personnages nous enthousiasment ensuite dans leurs retrouvailles et emportent haut la main notre adhésion totale. Car s'ils triomphent des obstacles qui se dressent sur leur route, en authentiques super-héros qu'ils sont, ils triomphent avant tout d'eux-mêmes, dépassant leurs doutes et leurs incertitudes et affrontant leurs peurs.

    POUR FINIR

    Il me semble difficile de continuer d'avantage sans être obligé de dévoiler l'intrigue, ce qui serait bien regrettable. Concluons donc pour insister sur l'extraordinaire qualité de l'animation qui nous permet d'assister à un spectacle sans égal dans le domaine : il faut voir les personnages bondir, courir à vive allure, voler, se battre, avec la caméra qui tourne autour d'eux : incroyable ! Les scènes d'action sont, je le répète, ébouriffantes. Les effets spéciaux sont incroyables et, toujours au service d'un scénario qui est définitivement le plus adulte que nous ait proposé PIXAR. Peut-être est-ce d'ailleurs là le seul élément qui pourrait prêter le flanc à la critique. Car, si la bande annonce nous laissait envisager une parodie bon enfant des super-héros, un peu bouffonne même, au final, le film sous des dehors humoristiques est très sérieux, tout en premier degré (quoique quelques perles d'humour noir jaillissent de ci de là), et aborde le mythe du super-héros avec dévotion et respect.

    Bref, voilà là un film incontournable pour tout fan de super-héros, une réussite tant visuelle que narrative qui (c'est mon humble avis) hisse LES INDESTRUCTIBLES au niveau de films référentiels tels que les SPIDERMAN et X-MEN. C'est dire !

    Je terminerai en disant : MERCI, M. BIRD. MERCI PIXAR !

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