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    Films : Daredevil
    par Ishar le 27 février 2004

    ATTENTION ! Pour appuyer correctement mon propos, je dévoile une bonne partie du film. Si vous ne l'avez pas vu et avez encore espoir de passer un bon moment, revenez après la séance :)

    Comment un film peut tomber dans tous les pièges que l'on peut rencontrer sur un tel projet, et tomber aussi dans des pièges auxquels on n'aurait pas pensé, est un mystère. Explications.

    Du scénario

    Le principal danger d'une telle adaptation, on ne le répetera jamais assez, est de faire du film une vaste prèsentation de l'univers de la BD, qui passerait son temps à introduire les personnages, lieux et événements en oubliant de se construire une cohérence artistique, scénaristique en premier lieu. Daredevil rate hélas le coche sur ce point. La totalité du film est incohérente. Introduction de l'accident de Matt Murdock. Trou. Murdock avocat (que s'est-il bien passé entre les deux ?) et aussi Daredevil (pourquoi les événements de son enfance que l'on vient de nous prèsenter le font devenir ce héros ? ?). Trou. Matt Murdock rencontre Elektra Natchios, après s'être fait larguer par Karen Page (sa vie de justicier ne laisse pas la place à une femme, indique la scéne où il se fait larguer, mais pourquoi alors court-il après Elektra ? ? ?). Trou. Le Kingpin s'occupe de Natchios (mais pourquoi ? on ne sait même pas qui est Natchios à part qu'il est Grec et qu'il fricote avec le Kingpin...). Trou. Via Bullseye, Daredevil remonte au Kingpin et le fait emprisonner. Alors là c'est le comble : absolument rien n'indique comment la police découvre l'identité du Kingpin, d'une part, et d'autre part comment la justice prouve les meurtres dont il est responsable. Le scénario se contente de faire dire à Daredevil "oh, mais ton identité n'est plus un secrêt Caïd !".

    Le film n'est que pretexte pour présenter les protagonistes de la BD : Daredevil certe, Bullseye, Elektra (et son père), Foggy Nelson, Karen Page, etc... sans jamais les lier entre eux. Comme si le spectateur devait ensuite aller lire la BD pour lui même homogénéiser un scénario complétement eclaté.

    De l'esthétique

    Là où on attendait pas les plus grosses erreurs, c'est la catastrophe. Le costume de Daredevil est bien foutu, d'accord, mais pour le reste ? Pour le faire se déplacer de toit en toit, ils n'ont rien trouvé de mieux que de pomper Spiderman, rendant les déplacements de l'homme sans peur ridicule. C'est un homme de la rue, malgrès ses pouvoirs, il reste proche de nous (enfin surtout du quidam des quartiers pauvres de New York), pourquoi en faire un sur-homme lors de ses déplacements ? C'est décalé, et en tant que spectateur on s'en rend bien compte [1]...

    Et Elektra : comment peut-on faire passer une blonde pulpeuse américaine pour une Grecque ? C'est sans doute le point le plus agaçant de ce film d'ailleurs ; Elektra est inintéressante, aussi crédible que moi en super-héros :) , et rendu inconsistante et non crédible par une actrice déplorable.

    La "vision" de Matt est assez réussie, mais lorsqu'il pleut et que le son des gouttes d'eau lui rendent quasiment la vue, on sombre dans le kitsh ridicule avec ces petites lumières sur le visage d'Elektra. Ridicule, c'est le terme qui défini d'ailleurs le mieux cette esthétique !

    De la direction artistique

    Le reste est convenu : si prendre Sam Raimi pour Spiderman c'était prendre un veritable pari pris artistique, ici on a droit à un blockbuster convenu, fade et incipide. La réalisation ne trompe personne (enfin j'espére), les acteurs sont absents (Ben Affleck reste correct cependant, de même que l'acteur interprétant le Kingpin). Les parti-pris artistiques n'en sont pas vraiment. Le vague "scénario" lui même est une vaste caricature de film hollywoodien. Pourquoi avoir fait du Kingpin l'assassin du père de Matt ? ? C'est une facilité qui n'apporte rien, surtout qu'elle n'est jamais exploitée par la suite. Ce n'est pas sans rapeller la Warner qui a forcée Tim Burton à faire du Joker l'assassin des parents de Bruce Wayne dans le premier Batman (mais au moins ici c'était exploité dans la suite du scénario).

    Seule surprise, le Kingpin. J'avais quelques doutes sur le fait de prendre un acteur noir pour l'incarner, mais l'acteur convient finalement à merveille, et on resent bien la force de la nature, tant sur le plan mental que physique, qu'est ce personnage. Dommage que sa fin soit pitoyable.

    De l'adaptation

    Et l'adaptation alors ? Difficile d'en parler en fait, vu qu'il n'y a pas vraiment de scénario. Les quelques éléments qui apparaissent n'ont rien à voir avec la BD et n'apportent rien à l'univers déjà connu de l'homme sans peur : Dans la BD, Murdock rencontre Elektra avant Karen Page, ce qui peut expliquer l'incohérence notée ci-dessus (d'autant plus qu'en un sens, c'est plus Daredevil qui rencontre Elektra que Murdock). Le Caïd n'est pas l'assassin du père de Murdock (quel intérêt ?). Natchios ne fricotte pas avec le Kingpin, au contraire c'est sa force de caractére à ce sujet qui fait d'Elektra ce qu'elle est (et rend la version du film encore plus incohérente).

    Mais pire, la personnalité de Daredevil est devenu... étrange... au début du film, on le voie par exemple tuer un méchant. La seule continuité du film est d'ailleurs celle là : Daredevil se rend compte de son erreur et décide de ne pas appliquer les méthodes de l'ennemi. Mais n'est ce pas ce que lui a appris son père bien avant qu'il ne devienne l'homme sans peur ?

    Il y a quand même une scéne sensée (au sens premier, c'est à dire qui a du sens) : celle où Daredevil abat le Kingpin. Il achève à ce moment sa "transformation" psychologique, et décide de ne pas tuer le Kingpin mais de le laisser à la justice. Le Caïd dit qu'il sortira bien un jour, et recommencera. Et Daredevil de répondre qu'il sera là pour l'attendre. La relation entre eux s'établie à ce moment, et Daredevil symbolise ici le chemin de la justice, le bon chemin, qui est aussi le plus long et le plus dur.

    On s'amusera aussi (seul intérêt du film ?) à repérer les clins d'oeil : Elektra meurt exactement comme dans la BD, l'homme perdu dans son journal que Matt arrête au début du film avant qu'il ne se fasse écraser n'est autre que Stan Lee, Murdock père combat John Romita (qui scénarisa et dessina la série un temps), l'homme dont on voit le procès pour viol s'appelle Quesada (le nom de l'actuel rédacteur en chef de Marvel), le médecin légiste s'apelle Kirby, on encore la prèsence du journaliste Ben Urich sont autant d'éléments qui empêche le connaisseur de quitter la salle avant la fin.

    Conclusion

    En faut-il vraiment une ? Ce film est inexistant. Pas seulement parce que c'est une mauvaise adaptation, c'est un mauvais film tout court, aussi mauvais que Spiderman était une réussite. Incohérent, sans aucune unité ni fil directeur, c'est un non film et donc même pas un bon divertissement. Ne gaspillez pas votre argent et votre temps.




    [1] A la décharge du film, il est à noter qu'à ces débuts, Daredevil était effectivement une espéce de Spiderman bis, et qu'il se servait effectivement du filament de sa canne un peu comme Spiderman de sa toile. Il faudra attendre Frank Miller pour faire redescendre un peu le personnage su terre (dans tous les sens du terme).

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